Dans un petit village côtier où les jours s’écoulaient sans heurts depuis des années, une poignée de pêcheurs terminait sa journée en mer. Courbés par l’effort, ils tiraient lentement le filet lourd de poissons et d’algues à bord de leur vieille barque.
Alors que le filet arrivait presque au-dessus du bastingage, l’un d’eux sentit une résistance inhabituelle. Il plissa les yeux. Ce poids n’était pas normal. Quelque chose n’allait pas.
Quand enfin le filet retomba sur le pont, un silence pesant s’abattit sur l’équipage.

Au milieu des poissons frétillants et des algues emmêlées gisait une créature qu’aucun d’eux n’avait jamais vue. Massive. Difforme. Ni tout à fait poisson, ni tout à fait bête.
Son corps luisait d’une matière visqueuse et étrange. Ses yeux, démesurément grands, semblaient refléter une lueur jaunâtre.
Sa peau tordue, marquée de profondes entailles, laissait échapper un souffle rauque, presque sifflant. Elle était vivante. Chaque respiration résonnait sur le bois humide du pont comme une plainte sourde.

Soudain, la créature s’agita violemment, tentant d’échapper aux mailles du filet. Pris de panique, certains pêcheurs firent le signe de croix, murmurant des prières contre le mauvais esprit qu’ils imaginaient enfermé dans cette chose.
Le plus âgé d’entre eux, chef respecté du village, inspira profondément et s’avança malgré la peur. Il observa la bête avec attention. Sur sa peau, il distingua d’étranges marques, semblables à des brûlures — comme si elle avait survécu à une épreuve terrible. « Ce n’est pas une prise ordinaire », déclara-t-il d’une voix grave. « C’est le présage d’un mal qui ronge la mer. »
