La jeune fille vivait avec un énorme python, qu’elle avait baptisé Saffron à cause des taches dorées qui illuminaient ses écailles. Pour elle, il n’était pas seulement un animal exotique : il lui paraissait docile, calme, presque affectueux. Un compagnon étrange, mais envoûtant.
On l’avait pourtant prévenue. — Les pythons sont des prédateurs, pas des animaux de compagnie.
Elle souriait toujours en rétorquant :
— Saffron m’aime. Jamais il ne me ferait de mal. Puis les choses changèrent. Le serpent refusa de s’alimenter, ignorant même ses proies favorites. Chaque nuit, il quittait discrètement son terrarium pour s’allonger contre elle, étiré de la tête aux pieds, comme s’il jaugeait sa taille.
Parfois, il s’enroulait autour de sa taille dans une étreinte glaciale, presque joueuse. D’autres fois, il se tenait tapi au bord du lit, à l’endroit précis où ses pieds touchaient le sol au réveil. Il suivait le rythme de sa respiration et effleurait sa peau de sa langue, juste sous la clavicule. Elle voyait là des marques d’affection.

Mais les signes se multiplièrent. Elle se réveillait oppressée par un poids anormal sur sa poitrine, ou dans un silence troublé par un sifflement inquiétant. L’angoisse finit par la pousser à consulter un spécialiste.
Le vétérinaire l’écouta, puis déclara d’une voix implacable : — Votre python ne vous caresse pas. Il vous observe. Il se prépare. S’il refuse de manger, c’est pour laisser de la place à une proie plus grosse. Quand il s’étend à vos côtés, il mesure votre corps.
Quand il s’enroule autour de vous, il s’entraîne à vous étrangler. Vous êtes en danger. Vous êtes sa proie.
Le choc fut brutal. Ce qu’elle croyait être de la tendresse n’était qu’une surveillance glaciale, une anticipation méthodique. Le vétérinaire fut sans appel : —
Vous devez vous en séparer immédiatement. Il est trop grand, trop dangereux. Ce n’est pas un compagnon. C’est un prédateur.
Cette nuit-là, la jeune femme resta éveillée. Saffron vint se lover contre elle comme d’habitude. Mais, cette fois, elle savait. Avec précaution, elle le remit dans le terrarium et referma le couvercle d’un geste ferme.
Au matin, elle appela un centre spécialisé. Le jour même, des experts vinrent chercher l’animal pour l’emmener dans un lieu sûr, entre des mains compétentes.
Elle demeura seule, avec une vérité désormais gravée dans son esprit :
Aussi beaux et fascinants soient-ils, certains êtres ne sont pas faits pour partager la vie des humains.

